A l’aide ! Mon chien a mordu ! Que dois-je faire ?
Bien sur, si vous ne voulez pas que votre chien « remorde » vous pouvez le museler, lui arracher les dents, l’enfermer dans une boîte, ou l’euthanasier !
Plus de chien, plus de dents, plus de morsure et plus de problème ! Vous pourrez ensuite faire le deuil de cet animal « défectueux » et en prendre un autre tout neuf en espérant qu’il « marche mieux » !
Question
Une morsure peut-elle être le signe d’un animal défectueux ? Oui, dans les rares cas d’états pathologiques pouvant induire une certaine agressivité chez le chien.
De mauvaises conditions de développement précoce par exemple produisent sans aucun doute des « chiens fragiles ». Ces chiens ont une faible (ou mauvaise) capacité d’adaptation et ils sont très sensibles émotionnellement. Lors de leur cohabitation avec l’humain, certaines situations « normales » ou « banales » pour nous ou pour d’autres chiens plus équilibrés, se révèleront très difficiles (voire impossibles) à gérer pour eux.
En fonction des expériences vécues au cours de sa vie et de son environnement (qui comprend le contexte de vie et les relations avec la famille), un chien peut « choisir » l’agression (incluant la menace et la morsure) comme comportement réponse à une situation donnée. Dans une situation d’inconfort (douleur, peur, surprise, incompréhension) le chien peut « produire » une conduite agressive. Un animal très émotif se trouvera plus souvent en inconfort ou difficulté qu’un autre chien, et sera donc davantage en situation d’exprimer de l’agressivité.
Autrement dit, si la vie qui est proposée à ce chien n’est pas adaptée à sa sensibilité extrême, il risque de mordre plus facilement et donc plus souvent que d’autres chiens (placés dans des conditions de vie identiques bien sûr).
Petit rappel
La plupart des morsures surgissent au sein de la famille, produites par des chiens connus (toutes races et catégories confondues), bien souvent catalogués dans le registre du « gentil chien ».
Comment un chien « gentil » peut il se transformer en monstre sanguinaire ? Ou plutôt, comment un chien normal (qui n’est pas « hyper-sensible ») peut-il en arriver à « choisir » la morsure comme réponse comportementale ?
Puisque les conditions de développement ne permettent pas à elles seules d’expliquer le comportement agressif de l’animal, voyons le contexte social, autrement dit »la place que le chien occupe dans le groupe familial ».
Et, là ça se corse pour vous (le propriétaire) !
Vous entendrez sûrement que vous n’avez pas correctement éduqué votre chien, il est dominant ! Seule solution : reprendre le contrôle (pouvoir) par le dressage. Ou comment apprendre à son chien à « devenir gentil » et à « rester à sa place de chien ! » en le conditionnant…
Encore un léger hic ! Le dressage n’apprend pas au chien à faire le bien (et encore moins à ne pas faire le mal). Pourquoi ? Parce que le cerveau du chien ne peut pas intégrer les notions de bien et de mal ou de gentil et méchant car ce sont des « représentations abstraites » (et humaines) qu’il ne peut concevoir.
L’éducation canine, permet de faire faire des apprentissages au chien en utilisant sa motivation et ses capacités cognitives; elle ne permet pas de lui inculquer un sens moral. Quant à « la place du chien au sein de la famille », le dressage n’a rien à voir avec l’organisation sociale.
Au risque de vous décevoir, ce n’est pas parce que votre chien vous obéit au doigt et à l’œil qu’il vous reconnaît forcément comme son leader. De plus, et jusqu’à preuve du contraire, nous ne sommes pas des chiens ! Si notre toutou peut tout à fait comprendre la signification d’un coup de dent de la part de sa mère ou d’un grognement de la part d’un congénère, comment interprète t-il le fait que nous humains, mangions après lui, lui interdisions le canapé et l’assommions d’injonctions ? Est-ce réellement par rapport à cela qu’il se positionne socialement vis-à-vis de nous ? Et puis, les chiens dressés (ou contraints) eux aussi peuvent mordre ! On peut même dresser un chien à mordre d’ailleurs… Et je pense ne pas me tromper en disant que trop de contraintes sur le chien peuvent conduire à la morsure.
Evaluer, cataloguer…
Evaluer le chien, le classer en « niveaux de risque », le dresser ou même dénoncer ou punir son propriétaire ne sont pas des mesures adaptées à la prévention des morsures, puisque n’importe quel chien peut mordre, même les bien-élevés et les bien-éduqués (ceux qui apparaissent comme les moins dangereux et qui sont responsables de la majorité des morsures rappelons-le).
Cataloguer les chiens en individus plus ou moins dangereux et chercher à les éradiquer ne sera pas efficace non plus ! Le comportement agressif (et l’acte de morsure) fait partie intégrante du répertoire comportemental du chien. Nous ne pourrons probablement jamais enlever ou effacer ce comportement chez le chien, même avec la meilleure méthode d’éducation canine au monde ou la plus vigilante des sélections artificielles. C’est un ensemble de facteurs qui détermine la probabilité d’émergence d’une conduite agressive, dans une situation donnée. Pour réduire le risque de morsure, il faut s’intéresser à chacun de ces facteurs (différents pour chaque système famille-chien).
C’est en analysant la cohabitation dans son ensemble et en se décentrant du chien, que ces facteurs peuvent être appréhendés. Ceci est, je crois, du ressort du comportementaliste !
Seules des mesures préventives personnalisées et adaptées à chaque cohabitation peuvent permettre d’anticiper certaines situations dangereuses. Tant que le chien ne sera pas considéré dans sa cohabitation et vu tel qu’il est (un animal évoluant avec des humains tout autour), d’autres situations à risques produiront d’autres chiens dangereux ! Et d’autres morsures suivront…
Julie Decompte
www.comportementaliste-chien-chat.fr
Tags: chien, chien dangereux, conduite agressive, méchant, menace, morsure

10 avril 2009 à 10 h 47 min
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